Hippias Majeur de Paton

Philosophe du Ve siècle avant J.-C., Socrate a marqué son époque et reste encore aujourd’hui connu de tous. Il consacre en effet sa vie aux sciences humaines. Sa préoccupation première est d’étudier les comportements humains, de déterminer l’attitude la mieux adaptée pour accéder au bonheur, de mieux comprendre les actes des individus qui l’entourent. Ses idées et ses convictions, souvent décalées par rapport à celles de la société grecque, le conduisent à être exécuté en 399 avant J.-C.
Il ne laisse derrière lui aucun écrit, mais sa pensée nous est parvenue via ceux de ses disciples, comme par exemple Platon. Il est d’ailleurs celui qui écrit Hippias Majeur, œuvre qui retranscrit un dialogue entre Socrate et Hippias, un sophiste de l’époque. La profession de ce dernier est par définition de transmettre son savoir-faire aux jeunes Athéniens, de leur enseigner plus particulièrement l’art de prononcer de beaux discours, de faire de la parole une force. Mais le sage y est paradoxalement présenté comme un être vaniteux et fier, qui malgré son statut social, se trouve dans l’incapacité de résoudre le problème que lui pose Socrate et autour duquel tourne tout l’entretien : Qu’est-ce que le beau ?
De manière très méthodique, Socrate introduit cette question dans son dialogue avec Hippias durant le prologue, et dissimule ses propres dires derrière ceux d’un troisième personnage anonyme qu’il invente. Le philosophe se fait alors passer pour un ignorant, qui cherche seulement à se cultiver auprès du sophiste, réputé être savant, et ne se garde pas de flatter, non sans ironie, ce dernier afin de l’obliger indirectement à alimenter la discussion. Une technique apparemment efficace, puisque Hippias répond très rapidement, et apparemment en ayant l’air assez sûr de lui mais sans prêter une quelconque attention remarquable au sujet. Sa réponse se décompose en trois tentatives (vaines) de définition du beau : une belle jeune fille , l’or et une vie heureuse. Trois affirmations peu convaincantes, surtout venant de la part d’un supposé sage, et qui auraient certainement été méprisé dans une dissertation de philosophie !
En premier lieu, il avance que le beau est une belle jeune fille, que le beau est une belle marmite et que le beau est une belle cavale. En d’autres termes, il reprend le terme à définir dans sa définition, il n’apporte donc aucune information par rapport au problème initial. Socrate n’aura aucun mal à réfuter son hypothèse. Alors, il va ensuite essayer de se rattraper en insistant sur la beauté relative des choses : certaines choses sont belles en soi mais peuvent être laides si on les compare à d’autres. Tel est le cas d’une belle jeune fille qui est belle, mais qui est laide en comparaison avec les déesses. Socrate voit là une contradiction : il cherche en effet ce qui fait qu’une chose est belle dans l’absolu.
Hippias essaye alors de nouveau. Il part du postulat que le beau embellit tout ce qu’il touche : pour lui, il s’agit de l’or, puis se rattrape en disant que ce qui convient est plus beau que ce qui ne convient pas. Là encore Socrate le contredit à l’aide d’un exemple : une cuillère à figue est plus convenable, donc plus belle, qu’une cuillère en or pour touiller une purée dans une marmite. Cela voudrait-il dire qu’une cuillère à figue est plus belle qu’une cuillère en or ?
Alors agacé, Hippias certifie qu’une vie heureuse est une belle chose. Or, au fil de la discussion, les deux interlocuteurs se rendent compte que cette définition n’est pas universelle car elle ne concerne que les mortels, et non les divinités.
On peut ainsi remarquer qu’Hippias reste très subjectif dans ces propos et qu’il a du mal à se détacher de l’opinion commune. Il ne fournit aucune définition à proprement dite, mais dresse une liste d’exemples de ceux que la société estime être de belles choses. D’ailleurs, on s’aperçoit rapidement que les connaissances d’Hippias restent très limitées. En effet, rares sont les fois où il s’oppose à Socrate, où il s’exprime vraiment. Et il démontre très peu ou de façon très maladroite ses propos, ses répliques étant pour la majorité des cas des formules lapidaires ou le cas échéant, des phrases nominales.

Dans un deuxième temps, Socrate décide de proposer à son tour trois définitions du beau : le convenable, l’avantageux et le plaisir.
Le premier argument, qui avait déjà été mentionné avant, est très rapidement rejeté. Socrate s’appuie effectivement sur un exemple banal : des chaussures seyantes pour une personne laide vont seulement l’embellir, mais la personne laide n’en deviendra pas forcément belle. On en conclut que le convenable ne rend pas beau mais fait paraître beau.
Dans ce cas, est-ce que l’avantageux peut rendre beau ? Est-ce que quelque chose d’utile est beau ? Cela voudrait dire que les yeux, par exemple sont beaux car ils sont utiles à la vue. Cela voudrait aussi dire que la puissance, la capacité de l’homme à agir, est utile. Mais cette définition non plus ne satisfait pas les deux sages, car en agissant grâce à sa puissance, l’homme peut engendrer le mal autour de lui. Autrement dit, la puissance, qui est par hypothèse belle car elle est utile, peut causer le mal. Or ces deux idées sont incompatibles dans l’esprit des deux grecs qui estiment que le beau et le bien sont indissociables.
Alors dans une dernière tentative, Socrate suggère que le beau est le plaisir engendré par la vue ou l’ouïe. Il cite quelques exemples, comme des belles tapisseries qui sont jolies à voir ou des belles musiques qui sont agréables à entendre. Mais même dans ce cas, on ne peut pas identifier quelle est cette qualité qui fait qu’une musique ou qu’une tapisserie provoquent du plaisir sensationnel.
Ainsi, Socrate clôt la discussion par un proverbe qui la résume bien : les belles choses sont difficiles.

Bien que les deux interlocuteurs ne parviennent pas à trouver ce qu’est réellement cette chose mystérieuse qu’est le beau, chacune de leur hypothèse posant un problème, le dialogue n’en reste pas moins instructif. Les arguments du dialogue sont très bien articulés entre eux, la discussion suit un fil conducteur et une progression logique, ce qui rend la lecture beaucoup plus facile à suivre, et surtout à comprendre ! Les diverses questions de Socrate (auxquelles il répond finalement lui-même), font avancer petit à petit la conversation, le lecteur peut alors participer lui aussi à la réflexion.
Un livre court, concis, agréable à lire. Je vous le conseille vivement !

Anida

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