« Douze hommes en colère »

On considère bien souvent la parole et la littérature comme les moyens d’expression philosophique par excellence et ce grâce à la force d’écriture ou la puissance du discours, seulement la philosophie ne se restreint pas à ces seules disciplines. Elle est présente partout et visible pour qui veut bien la voir. Présente dans de nombreux domaines, divers et variés de notre vie quotidienne elle s’y révèle être parfois bien plus efficace que dans un traité philosophique technique et peu accessible. Ainsi, c’est dans le septième art que nous plongerons afin d’y découvrir une réflexion aussi bien captivante que profonde.
Ce n’est certes pas l’un des derniers films en 3D à l’affiche dans tous les cinémas mais une œuvre dans laquelle ce sont « Douze hommes en Colère » qui mènerons notre attention autant que notre réflexion tout au long de ce drame judiciaire, sur la question du savoir, de la détermination de vérités indiscutables. Derrière son aspect rétro, ce film en noir et blanc réalisé en 1957 par Sidney Lumet présente, lorsqu’on fait l’impasse de nos a priori et préjugés, un véritable intérêt qui se conserve tout au long d’une intrigue captivante. Le film est centré sur le jugement d’un jeune homme accusé d’avoir assassiné son père, et sur la délibération de douze citoyens, faisant office de jurés et l’espace d’un instant responsable de la vie d’un homme. Face aux témoignages et aux preuves récoltés tout porte à croire ce dernier, coupable. Condamné par la majorité, avant même une quelconque discussion, un seul homme se dresse pour refuser cette décision hâtive et puisqu’une vie mérite plus de cinq minutes d’intérêt, il propose un examen des faits plus rigoureux, durant lequel, à l’issue d’une réflexion approfondie les jurés déconstruiront progressivement les vérités admises, et par conséquent les principales accusations du dossier. Ainsi, même la vérité ou la conviction la plus évidente ne résiste à la réflexion et l’expérimentation. Les opinions ainsi substituées à la raison et l’objectivité perdent alors leurs crédibilités originelles. A travers cette analyse de nos vérités admises, dont nous nous devons de sans cesse les éprouver afin de juger de leur fiabilité, ce film nous amène à nous interroger nous-même sur la définition de vérité certaines. En tant qu’être subjectif comment pouvons nous acquérir un savoir de manière objective ? Comment passer outre le filtre de nos préjugés et sentiments ? Et finalement de toutes mes connaissances lesquelles sont vraies ? Que puis-je réellement savoir ? Ce sont autant de questions que ces quatre-vingt quinze minutes de film nous pose et bien plus encore..

En somme, un film véritablement digne de notre intérêt qui incite une méditation profonde, qui libérée de la rigueur de la forme du traité philosophique, nous plonge au cœur de la délibération dans une atmosphère d’incertitudes dans laquelle se développe l’exercice de la philosophie à l’état pur, à savoir la recherche de la vérité dépouillée de nos ressentiments et de notre subjectivité.

Hajar

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