Si c’est un homme de Primo Levi

Il s’agit d’une œuvre autobiographique qui fait le récit de la période de décembre 1943 à janvier 1945, durant laquelle Primo Levi était emprisonné dans le camp de concentration d’Auschwitz pendant la Seconde Guerre mondiale.
L’auteur, un italien de 24 ans à l’époque, nous raconte qu’il a été arrêté par la milice fasciste alors qu’il faisait parti de la résistance contre le fascisme et le nazisme, puis déporté en Pologne, à Auschwitz dans un wagon à bestiaux.
A son arrivée, les déportés sont triés et les femmes, les enfants et les personnes âgées sont envoyés dans les chambres à gaz tandis que les hommes aptes au travail, dont Primo Levi, sont envoyés dans le camp de travail. Là bas, ils sont dépersonnalisés, on remplace leur nom par un numéro qu’on leur tatoue sur le bras.
Au Lager, la règle essentielle est « Ici, il n’y a pas de pourquoi » et surtout, il ne faut pas se contenter des rations de nourriture données ni s’épuiser au travail ordonné comme les « musulmans », le nom donné à ceux qui ont renoncé à lutter, car ce sont eux qui perdent le plus vite leur humanité et qui meurent les premiers. On apprend aussi dans cette œuvre que le K.B, l’infirmerie, n’est qu’une « parenthèse de paix relative » car certes, il y a l’épuisement du travail en moins mais la torture physique est remplacée par la torture psychologique, par la douleur des souvenirs du monde extérieur ainsi que la certitude qu’ils ne survivront pas. Les travaux imposés sont sans utilité car un jour, ils accomplissent une tâche que le lendemain ils devront détruire pour la recommencer le surlendemain. De plus, les kapos sont des criminels sélectionnés pour leur cruauté avec pour tâche de faire régner l’ordre dans le camp, sous la direction des SS.
C’est en partie grâce à sa formation de chimiste que Primo Levi a pu retarder la destruction de son humanité en bénéficiant d’une place plus protégée. On peut aussi ajouter le fait qu’il a été atteint par la scarlatine car, ayant été a l’infirmerie lors de l’évacuation du camp par les nazis, il a échappé aux « marches de la mort », ce qui lui a permis d’organiser sa survie et celle de ses camarades jusqu’à la libération du camp par les Soviétiques. Mais la plus importante des raisons est sans aucun doute sa déportation relativement tardive car l’espérance de vie aux camps était vraiment très courte malgré les comportements de certains détenus qui leur ont permis de la rallonger un peu.

J’ai aimé cette œuvre car elle est, pour moi, essentielle en matière de témoignage. Il s’agit en effet de l’un des meilleurs témoignages sur la déportation par les nazis car l’auteur décrit toutes les facettes de l’holocauste à la fois de manière neutre et détachée, sans emploi d’un registre qui relèverait d’un ton d’indignation ou de révolte, sans non plus prendre aucun parti, il se contente de décrire les faits, mais aussi en rapportant un ressenti face à la déportation, nous permettant de vraiment savoir dans quel état d’esprit étaient les victimes.
L’enjeu de ce type de témoignage est, en plus de nous faire prendre connaissance des faits, nous montrer la déshumanisation totale, massive et progressive, aussi bien physique avec l’épuisement du corps, que psychologique avec la destruction de la personnalité qui vise à entièrement les drainer de toute force physique et morale, afin de mieux pouvoir les exterminer. On comprend ainsi que le réel but des camps de concentration n’est pas la main d’œuvre qu’ils apportent, les travaux imposés sont d’ailleurs inutiles, mais la lente destruction beaucoup plus douloureuse qui tue progressivement les sujets qui y sont soumis. Le devoir de mémoire est aussi un enjeu car cela peut permettre qu’à l’avenir, une telle situation ne soit pas reproduite.

Malgré son témoignage qui a pu voir le jour grâce à sa survie, la destruction morale orchestrée par les nazis a été telle que Primo Levi s’est donné la mort une quarantaine d’années après sa libération, le 11 avril 1987.

Milena

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