La Défaite de la pensée Alain Finkielkraut

Finkielkraut propose ici un essai sur la notion de culture, sur l’évolution de la perception de ce terme des origines à nos jours. Il critique le « relativisme » culturel qui intègre n’importe quelle activité comme typique de la pensée. Celles-ci, considérées aujourd’hui comme pratiques culturelles, traduisent, selon l’auteur, la défaite de la pensée.

Dans un premier temps, Finkielkraut expose deux visions de la nation :

  • la nation-génie ou « Volksgeist » (« génie du peuple ») est basée sur l’appartenance à une même langue, une même « race », une même culture. Issue du Romantisme, il n’est plus question d’adhérer mais de s’inscrire automatiquement dans l’histoire particulière transmise par les ancêtres.
    Dans cette conception, la culture serait ce qui lie, inconsciemment, un peuple, ce qui appartient, de gré ou de force, à toutes les personnes d’un même groupe.
    Toutefois, il est impossible d’enfermer les êtres humains dans leurs appartenances, la pensée de l’homme ne saurait être déterminée par sa seule naissance. Finkielkraut illustre ce propos par l’exemple du refus de l’Alsace et de la Lorraine à retourner dans le giron de l’État allemand après la défaite de 1870.
  • à l’opposé, la nation-contrat : il s’agit de l’assemblée des citoyens adhérant volontairement à des principes, comme les Droits de l’homme. Elle puise son origine dans les Lumières et vise à rassembler les individus, non plus selon leurs origines, mais autour d’un contrat commun. La culture devient alors un lieu immatériel de la pensée, un lien entre tous les hommes sensés et doués de raison.

Or, Finkielkraut regrette l’abandon de la pensée universaliste des Lumières à la recherche d’un idéal culturel qui transcenderait les particularismes au bénéfice d’une multitude de « nations-génie », dans lesquelles tout acte, toute activité peuvent être qualifiés de culturels. De plus, dans un tel système, les individus se retrouvent dans l’impossibilité de se détacher de leur appartenance ethnique, culturelle ou religieuse.

L’avènement des sciences humaines et l’étude des systèmes culturels de différentes tribus par les ethnologues du XXè siècle, n’a fait qu’accélérer la relativisation des valeurs. A l’évidence, Finkielkraut dénonce le refus de hiérarchiser la culture, puisque, dans nos sociétés tendant vers le multiculturalisme, tout se vaut pour le grand bonheur d’un marché mondial capitaliste qui amalgame culture, divertissement et activités variées sous le label « culture ».
Ainsi, un slogan publicitaire vaudrait un poème d’Apollinaire, un grand couturier serait comparable à Michel Ange, un clip pourrait concurrencer un opéra de Verdi ou encore, si elles sont signées par un grand styliste, une paire de bottes serait l’égale de Shakespeare.

Mais Finkielkraut s’insurge contre une éventuelle égalité entre Beethoven et Bob Marley, entre le rock et Duke Ellington semblant, ici, exagérément fermé aux créations contemporaines. S’il est vrai que Beethoven a traversé les siècles, il semble prématuré de jeter aux orties les artistes du XXè siècle ! (Qu’il a tout à fait le droit de ne pas apprécier !)

D’après Finkielkraut, renonçant à tendre vers une culture humaniste universelle « la pensée cède doucement la place au face-à-face terrible et dérisoire du fanatique et du zombie ».

Jérémie

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