L’indic et sa famille

Dans cette scène, on voit un homme, filmé de face. Il s’appelle Ibrahim El-Akel. Cette scène est extraite du documentaire « L’indic et sa famille », diffusé sur Arte en septembre 2011 (documentaire téléchargeable à l’adresse suivante : http://www.fileserve.com/file/ZWx9PYQ/IndicFamille.rar). Père de cinq enfants, il a émigré à Tel-Aviv en Israël, venu d’Hébron en Cisjordanie il y a maintenant plus de sept ans. La raison : il a été indicateur pour les services secrets israéliens, le Mossad. Il assure avoir collaboré avec ceux-ci pour assurer la sécurité de sa famille. Reste qu’Ibrahim et sa famille vivent clandestinement à Tel-Aviv avec la crainte de l’expulsion, qui les hante jour après jour, dans l’attente interminable d’un permis de séjour leur permettant de faire tranquillement leur vie à Tel-Aviv. Une réflexion amère et sensible sur la trahison.

La scène que j’ai choisie du documentaire (à 1:01:40) est particulièrement intéressante pour différentes raisons : Ibrahim paraît de plus en plus exaspéré par la situation dans laquelle il s’est mis en collaborant avec le Mossad, et sa situation actuelle (la justice israélienne l’ordonne de vivre à l’écart de sa femme pour une affaire de violence conjugale pendant un certain laps de temps) semble être la goutte d’eau qui fait déborder le vase. Il exprime avec force sa haine contre ceux dont il estime qui l’ont trahi. Et menace ces derniers, malgré leur pouvoir conséquent. Ravagé et détruit, il menace en effet à demi-mot de se venger contre l’Etat israélien, toujours en attente d’un permis de séjour promis par Souissa, son opérateur, c’est-à-dire l’agent des services de renseignement israéliens qui le suit personnellement. Alors que lui estime avoir risqué sa vie et la risquer encore pour le peuple israélien, il estime que ce même peuple ne l’aide pas et se sent ainsi trahi. Ibrahim a dû fuir la Cisjordanie après que sont frère fut enlevé, assassiné de deux balles dans la tête et sa maison incendiée, lui-même ex-indicateur. L’obtention de ce sacro-saint permis de séjour est le leitmotiv du documentaire.

Ce que j’ai ressenti lorsque je visionnais ce passage du documentaire c’est de la compassion et de la pitié pour le cas de cet homme. L’originalité de cette scène, assez intense lorsqu’on suit le fil du documentaire, est que j’ai ressenti ce qu’Ibrahim voulait faire passer à travers ses dires : haine, sentiment de trahison, colère… Difficile de ne pas être troublé par la situation dans laquelle il vit, une situation précaire et angoissante, dans un cadre particulier et suspicieux, lié à la sensibilité de l’affaire.

L’origine de ces émotions est que la situation d’Ibrahim et de sa famille, développée tout au long du documentaire de manière particulièrement intime et à vrai dire douée, commence à rendre le spectateur sensible à la cause d’Ibrahim et les problèmes innombrables qu’il subit et sa vie quotidienne difficile rend le spectateur inconsciemment ou non avocat de la cause d’Ibrahim et de sa famille. Il me semble évident qu’au regard de la situation d’Ibrahim et de cette scène, chaque spectateur, s’il a attentivement suivi le fil des évènements, ressent compassion et pitié pour Ibrahim et sa famille, à condition qu’il entre dans le cadre du documentaire, qu’il croit ou non à la véracité de l’histoire véhiculée à travers celui-ci.

 

Christophe, 1ère L2

 

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