philo : fiche technique 3 - construire une argumentation

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6 à 8 pages

La construction de l’argumentation se déroule forcément en au moins deux temps : un travail au brouillon et un travail de rédaction, . Elle suppose toujours d’avoir fait au préalable une analyse du sujet qui ait permis de le problématiser, puisque c’est en fonction des problèmes posés que chacun fabriquera son plan.

Elle pose trois types de problèmes, qui pour être surmontés supposent la maîtrise de plusieurs méthodes à chaque fois :

  1. il faut que mes idées et arguments soient ordonnés, c’est-à-dire progressent et ne se répètent jamais : chaque paragraphe doit apporter quelque chose à celui qui précède dans le traitement du sujet, qu’il s’agisse d’un sujet de dissertation ou d’un texte. C’est la fonction du plan (au brouillon). Il est strictement délimité par la problématique : tout paragraphe qui ne sert pas au traitement du problème doit être mis de côté, et le rapport au problème doit être précis.
  2. Il faut que chacune des affirmations énoncées soient vraies, c’est-à-dire soient prouvées, appuyées pas un raisonnement, des définitions et qu’elles apportent quelque chose permettant de répondre au problème ; c’est le travail d’argumentation proprement dit. (au brouillon et dans la rédaction)
  3. il faut que, contrairement aux mathématiques, cette argumentation soit rédigée et illustrée. (c’est le travail de rédaction).

Aussi, pour réussir son développement, je dois forcément décomposer les activités, même si c’est un peu long et qu’on peut avoir l’impression de faire plusieurs fois la même chose. Faute de quoi il y a trop de méthodes à mettre en oeuvre en même temps , et je m’y perds ; j’oublie alors de faire certaines choses. Or, tout manquement qui ne me permet pas de répondre à une de ces trois exigences remet en cause l’ensemble de mon argumentation, puisque qu’elle rend impossible la démonstration.

L’argumentation manifeste donc un souci de démonstration : elle suppose toujours l’existence d’une hypothèse philosophique, expliquée par des arguments, eux-même confirmés par des exemples, et un effort d’analyse des concepts importants. Pour cela elle dispose de 4 outils :

  1. Arguments logiques : la démonstration doit faire apparaître la nécessité de l’argument ; elle peut être positive (elle affirme), ou négative (elle fait apparaître une contradiction dans la thèse inverse). Les trois grands principes logiques sont : principe d’identité ( une même proposition ne peut être à la fois vraie et fausse sous le même rapport : donc une affirmation doit être conforme à la définition d’une chose) ; principe du tiers-exclu ( entre deux propositions contradictoires, il n’y a pas de troisième solution possible) ; principe de contradiction (deux propositions contradictoires ne peuvent être à la fois toutes deux vraies ou fausses). Ce sont les trois grandes règles qui doivent vous aider à construire vos paragraphes.
  2. Analyse des concepts : Pour valider scientifiquement une affirmation, il faut que celle-ci soit conforme aux autres connaissances. L’analyse permet de passer de la notion (vague, générale) au concept (construit, rigoureux, essentiel) ; elle distingue (sépare ce qui diffère), hiérarchise (remonte des conséquences aux principes), résout (déploie et définit) les confusions de la langue courante et lève les malentendus ou ambiguïtés d’une proposition.
  3. Recours à l’exemple : l’exemple n’est pas un argument car il ne démontre rien (il y a toujours des contre-exemples), il illustre. Attention : il faut toujours justifier son emploi (en quoi il illustre l’idée avancée, pourquoi il est pertinent). Un seul exemple bien choisi suffit (un deuxième exemple laisse penser que le premier était peu convaincant).
  4. Recours à la thèse d’un philosophe : une référence ne doit jamais se substituer à votre propre argument, mais simplement le confirmer, il s’agirait sinon d’un “argument d’autorité” ; elle ne doit pas être arbitrairement plaquée, mais très clairement justifiée (pertinence de son emploi au moment précis de votre développement argumentatif). La référence doit être objective (n’interprétez pas la thèse de l’auteur à votre avantage), claire (pas d’allusion ni de déformation), et précise (auteur, œuvre).

BOITE A OUTILS :

Ce qui invalide l’argumentation :

  1. -construire l’argumentation en affirmant des généralités, des lieux communs ou toute opinion qui suppose un jugement moral.
  2. proposer une justification rhétorique du type : n’est-ce pas évident, tout le monde sait que …
  3. elle ne doit jamais être ni descriptive (d’un fait ordinaire ou d’une théorie),
  4. elle ne doit jamais être énumérative (accumulation d’arguments ou d’exemples équivalents)
  5. elle ne doit jamais se contredire sans avoir expliqué avant pourquoi il faut revenir sur ce qu’on vient de dire.
  6. elle ne doit pas proposer de plan du compromis (qui fait la part des choses) : dans une démonstration, il n’y a pas de compromis avec la vérité possible.

Outils pour construire un plan :

Dans l’explication de texte, le plan est à retrouver à partir du texte. Il suppose son analyse et sa compréhension.
Pour vous y aider, voilà quelques outils d’analyse :

  1. Repérez les mots qui servent d’articulations aux idées ( conjonctions comme Mais, Car, puisque, par conséquent … ou expressions qui annoncent un changement d’idées)
  2. Puis entre chacun d’entre eux, reformuler ce que dit l’auteur.
  3. Repérer dans cette réécriture du texte la thèse à démontrer.
  4. Voir quels arguments et de quel types ils sont (définition, théorème, exemple …) il utilise pour les justifier.
  5. Essayer de comprendre pourquoi la démonstration se fait dans cet ordre plutôt qu’un autre, qu’est ce cela évite, qu’est-ce que cela apporte
  6. Alors, construire la structure de la démonstration en rendant visible les articulations du texte pour ne pas saucissonner les parties et perdre de vue leur fonction dans la démonstration de la thèse.

Construire le plan

Dans la dissertation, le plan se construit à partir de la problématique : il est le moyen utilisé pour y répondre. Pour le composer je commence :

  1. Par lister des situations (exemples), connaissances philosophiques, auteurs, définitions qui ont un rapport avec les problèmes ou parlent du problème. Lister, ce n’est pas résumer.
  2. Une fois cette liste faite, je tente de les classer par affinités dans l’ordre suivant :
    a) quelle opinion je défendrais spontanément. Comment je peux la prouver. Cela constituera un point de départ pas encore ordonné
    b) quelle difficulté pose cette opinion, quelle situation prouve sa fausseté, et comment expliquer ces limites.
    c) comment résoudre ces difficultés.
  1. ce plan, qu’on appelle traditionnellement thèse-antithèse—synthèse est un minimum argumentatif, qui, souvent, pour assurer la continuité de la démonstration, doit être dépassé pour construire un mouvement dialectique : thèse et explication-difficulté-résolution-nouvelle difficulté- explication –résolution…. En effet, si je m’en contente, je prends le risque de retrouver des listes d’arguments dans chaque sous-partie. Donc pas de preuves. C’est en général ce plan là qu’on dégage des textes philosophiques. Dans ce cas, chaque partie propose une thèse un peu plus précise que l’on éprouve.

Donc les noms donnés aux parties sont les dernières choses que j’indique. Elles servent à mettre en forme la rédaction, pas l’argumentation.

Construire l’argumentation

Une fois les idées mises en ordre, j’utilise les outils de l’argumentation pour justifier chacune d’entre elles dans l’ordre suivant pour chaque paragraphe :

  1. j’affirme une chose sur la question posée qui répond à une partie des problèmes posés.
  2. J’explique ce qu’elle signifie en philosophie en précisant les définitions (analyse de concept)
  3. je prouve qu’elle est vraie, car mon affirmation découle logiquement de cette définition : elle est identique, elle en est la conséquence, elle est sa cause … je ne peux faire cela qu’en m’appuyant sur des connaissances philosophiques.
  4. j’énonce ses conditions de possibilité et donc ses limites.
  5. je montre ce que cela m’apporte par rapport au sujet : cela nuance ma thèse, m’oblige à la reformuler …
  6. je montre dans quelle situation cela s’applique (exemple, texte philosophique)
  7. Puis je recommence :
  8. j’affirme une nouvelle chose sur le sujet encore possible une fois les précisions de premier paragraphe prise en compte …..

Au brouillon, je ne développe aucune de ces étapes. J’y fais seulement allusion grâce à des mots repères que je développerai dans la rédaction. Par contre je propose quelque chose à chacune de ces étapes.

Un fois ce travail fait, je vérifie si ma démonstration ne comporte aucune répétition ni incohérence.

Rédiger l’argumentation :

Le plan terminé, je dois rédiger.

Je soigne les transitions entre paragraphes et partie en étant le moins descriptif possible et en soulignant le plus possible les liens logiques, Pour cela, je favorise les questions et les conjonctions et articulations logiques.

Pour les transitions entre parties :

  • j’évite : dans un premier temps, d’abord, ensuite, enfin,
  • j’utilise plutôt le canevas suivant pour l’explication et texte et la dissertation :

Si... si... si donc... il n’en reste pas moins que...
Au fond, n’est-ce pas ce que nous suggère...

Nous avons remarqué que...
Mais que tout... ne renvoie pas nécessairement à...
En effet nous nous sommes aperçus que...

  • Entre chaque paragraphe ; voilà une liste de conjonctions à utiliser en fonction du lien logique choisi :

D’abord, ensuite, enfin, en premier lieu, au premier abord, à première vue, à partir de là / en dernier ressort, en dernière analyse, en fin de compte, etc...

= Ils précisent l’ordre et l’enchaînement des idées.


En vérité, à dire vrai, plus exactement, de façon plus probable, en toute évidence, par hypothèse, pour ainsi dire, autrement dit, de ce point de vue, d’un tel point de vue,à tout prendre, tout bien considéré, il faut croire que, au fond, en ce sens, en ce qui concerne, etc...

= Ils reformulent un argument.


En outre, ensuite, d’autre part, de même, de plus, également, encore, et, par ailleurs, puis, quant à, etc...

= Ils développent une idée


c’est-à-dire, plus précisément, notamment,

ainsi

= ils illustrent ou précisent une idée


Car, parce que, en raison de, pour la raison que, pour cause de, à cause de, c’est pour cela que, c’est ainsi que, puisque, etc...

= Ils indiquent des causes ou apportent des preuves


Donc, par conséquent, en tout état de cause, en effet, effectivement, ainsi, aussi, de sorte que en sorte que, de ce fait même, si bien que, de manière que, par suite, en somme, au total, en tout et pour tout, en bref, il fallait s’attendre à ce que, du coup, etc...

= Ils introduisent les conséquences


Mais, cependant, toutefois, pourtant, certes, or, en fait, en réalité, seulement, par rapport à, en comparaison de, à côté de, d’un autre côté, néanmoins en revanche, etc...

= Ils changent l’idée (objection, opposition...)


Il est plus qu’incertain, il est peu probable que, reste que, qui sait si, que dire de, que penser de, comment savoir si, dans une certaine mesure, peut-être, pour autant, etc...

= Ils mettent en doute, expriment une réserve


A coup sûr, en toute certitude, de toute évidence, à n’en point douter, il n’est pas douteux que, il ne fait aucun doute que, il est indubitable que, sans conteste, sans contestation possible, sans hésitation, sans risque d’erreur, sans trop s’avancer, il ne faut pas s’étonner de, il apparaît clairement, il est clair désormais, etc...

= Ils expriment une certitude

  • pour introduire un exemple ou un auteur

j’évite “par exemple”, ou, pire : “exemple”

je choisis : comme nous le montre d’ailleurs, ainsi, cependant, de même

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