réussir son introduction

philo : fiche technique 2 - faire une introduction

{{fiche technique 2 : Faire une introduction

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Voici comment organiser l’introduction en 3 phases :

  1. “amener le sujet et énoncer la question”
  2. “poser le problème et problématiser”
  3. “annoncer le plan”

a) amener le sujet...  :

A QUOI CELA SERT

C’est essentiellement un exercice de rédaction, qui doit éviter 2 écueils : On ne commence pas l’introduction par l’énoncé du sujet, ce serait trop scolaire, et on ne fait pas une amorce trop générale, sans rapport direct avec le sujet. Ici l’objectif est d’attirer l’attention sur l’idée philosophique énoncée par le sujet en faisant un effort d’écriture. Pour cela, il faut partir d’un donné et montrer qu’en y réfléchissant un peu, ce donné pose un problème qui est la question à traiter.

Cette première phase vise à intéresser le lecteur au sujet qui va apparaître progressivement : quel que soit le sujet choisi (explication de texte ou dissertation), il y a deux manières de commencer :

  • on peut commencer par une rapide description d’une situation concrète dont on infère le problème
  • on peut commencer par la thèse d’un autre auteur, paradoxale, qui va conduire à poser le problème.
    Elle doit permettre de nommer la notion du programme abordée et de poser le problème à partir de l’analyse de cette situation donnée.

BOITE A OUTILS

Pour réussir sa rédaction :

  • On évite les lieux communs, ou les généralités. On essaie d’ancrer le problème dans une situation vraiment vécue.
  • Certaines formules “passe-partout” et abstraites sont à proscrire : De tous temps, les hommes...”, depuis toujours, au jour d’aujourd’hui…
  • On ne commence jamais par une citation car le rédacteur doit mettre le lecteur en contact avec son propre style.

Voici une série de phrases pour annoncer le sujet . Cette liste n’est pas exhaustive. Vous pouvez la compléter au cours de vos lectures des corrigés. Par contre, vous devez au moins en utiliser de semblables .

Il n’est pas rare de constater que..
Ne sommes-nous pas en droit de...
Volontiers on imaginerait que...
Si l’homme du commun comprend bien que.
Il est incontestable que...
Que les hommes aiment... montre suffisamment...
Il ne semble pas absurde de dire que...


b) Problématiser :

A QUOI CELA SERT :

C’est le moment essentiel de tout travail philosophique, et qui donnera une valeur à votre travail. Il ne s’agit pas de fournir une réponse à la question de l’énoncé, mais de soulever les enjeux du problème, et on doit faire apparaître les conditions de possibilité (à quelles conditions ce qui semble appeler une réponse simple et évidente pose problème ?).

Il faut suspendre toute tentation de réponse pour comprendre à quel point mes croyances, ce que je crois résolu parce que c’est évident dans l’énoncé, pose problème et peut être discuté. Tant que je ne le comprends pas, il n’y a pas de devoir de philosophie.

Il s’agit donc de pouvoir expliquer pourquoi la question à laquelle le texte répond ou que pose le sujet est difficile, c’est-à-dire que les réponses spontanées que je peux faire ne me satisferaient pas, et en même temps pourquoi il est important pour moi de pouvoir répondre à cette question.

Il est donc souhaitable que cette phase de problématisation adopte la forme interrogative. Cela m’évitera de tomber dans plusieurs pièges :

  • répondre au sujet avant de l’avoir traité, et reformuler l’évidence avant d’en être certain
  • résumer ma pensée avant de l’avoir développée, ce qui m’empêchera de la prouver.
    Cette partie doit plonger le lecteur dans le doute et inciter à réfléchir. Après l’avoir lu, il doit être convaincu que cette question, évidente ou sans intérêt au début, remet en cause des choses importantes auxquelles il croyait jusqu’alors.

Il faut veiller à ce que les questions soient articulées les unes aux autres, et resserrées autour des termes de l’énoncé du sujet. Car la problématisation commande tout le développement de la dissertation, elle va déterminer mon plan, l’ordre de mes idées et ce que je vais traiter ou non, mes critères de pertinence. J’ai peu de temps, je n’écris pas un livre, donc le travail doit être efficace. C’est cette problématique qui le permettra. Elle m’évitera trois pièges :

  • le hors sujet
  • partir dans le développement dans tous les sens, au lieu de répondre au sujet.
  • me contenter de faire la liste de ce que pensent les gens sur la question en fonction de leur situation. Car alors, je n’aurais pas commencé à traiter le sujet de manière scientifique.

C’est donc un exercice d’analyse et de rédaction, exactement le même, qu’il s’agisse d’un texte ou d’un sujet. Dans le cas du texte, c’est la question à laquelle répond l’auteur (que je vais retrouver lorsque j’ai repérer sa thèse) que je problématise.

BOITE A OUTILS :

Méthode pour analyser un sujet et en tirer un problème :

  1. Chercher les différentes réponses possibles à la question (2 ou 3). C’est ce qu’on appelle une alternative. Et voir dans quel genre de situation ces réponses sont spontanées. J’enquête alors sur les opinions de chacun.
  2. Essayer pour chaque réponse possible de voir sur quelle théorie, connaissance, définitions elle s’appuie pour pouvoir répondre cela. A quelles conditions et pour quelles raisons cela est vrai. C’est ce qu’on appelle la recherche des présupposés.
  3. Voir à chaque fois à quels problèmes les hommes qui revendiquent telle ou telle opinion sont confrontés et pourquoi cela a un intérêt de les résoudre. C’est ce qu’on appelle dégager les enjeux d’un sujet.
  4. Ordonner le problème : car ce travail a sans doute, de manière très désordonnée, rempli une feuille de brouillon. Difficulté à résoudre : comment mettre de l’ordre dans tout cela et le faire tenir en 5 lignes ? Cela suppose d’abord de trier :
    1) Dans la problématique, ce qui m’intéresse, ce sont les problèmes. Toutes les connaissances, tous les exemples qui m’ont aidé à comprendre les problèmes n’y ont pas leur place. Je les réserve pour le développement.
    2) je ne conserve que les problèmes que j’ai les moyens de traiter (si je n’ai rien à dire dessus, je n’en parle pas) et qui ont un lien possible entre eux. Par exemple je conserve seulement deux réponses possibles au sujet, qui s’opposent et que je peux articuler .

c) Annoncer le plan :

A QUOI CELA SERT

Certaines méthodes disent que l’annonce du plan est superflue : la problématisation suffit à programmer la réflexion, puisque je déduis le plan des problèmes que j’ai posé et de leur ordre. Pour d’autres, elle serait même malvenue (elle redouble la problématisation, ce serait donc une lourdeur de style). Certains préfèrent encore laisser le lecteur découvrir le raisonnement au fil de la dissertation, de manière à ménager un certain suspens.

Mais on ne peut se passer de l’annonce de plan que si on sait déjà parfaitement bien faire une dissertation. Dans ce cas, on n’a plus besoin de méthode. Or tel n’est pas le cas pour le moment. Pour me passer de l’annonce de plan, je dois avoir très bien réussi ma problématique et mon argumentation.

En attendant, l’annonce de plan est un très bon repère pour le correcteur, et vous donne la possibilité de préciser quelque chose d’encore confus dans la problématique. Elle permet au lecteur de participer au raisonnement, en vérifiant si j’ai bien suivi le plan proposé. C’est donc un outil précieux, et on ne voit pas trop pourquoi s’en passer.

L’annonce du plan a alors une fonction : expliquer au lecteur quels liens existe entre vos parties, et en quoi ces étapes vous aident à démontrer votre thèse. C’est une partie qui permet de montrer que votre développement a une structure démonstrative et conduit à un point précis.

BOITE A OUTILS

A EVITER : il ne faut pas pas décrire ce que vous allez faire en soulignant les parties. Eviter l’annonce du type : d’abord...ensuite...enfin ; dans un premier temps, dans un deuxième temps..
Ici vous soulignez le découpage alors qu’il faut faire juste le contraire : montrer la cohérence.
De même, pour un texte évitez : dans une première partie, l’auteur montre que, puis, enfin …

Il faut chercher à utiliser des formules qui permettent au lecteur de comprendre la progression et la cohérence de votre démonstration, et qui suppose qu’aucun autre plan, meilleur, n’était possible :
Voilà une liste de possibilités, tant pour l’explication que pour la dissertation à compléter pendant l’année. :

Nous verrons que...
Mais nous devrons nous demander si... refusant de parler de... ne veut pas...
Peut-être comprendrons-nous alors quel est le véritable...
Nous constaterons que, si...
Mais ne serons-nous pas en droit de douter, reconnaître dans...
Nous devrons alors examiner la possibilité que...

Exemple d’introduction  :

“Le beau est-il ce qui plaît ?”

Que les êtres humains éprouvent un plaisir à produire des objets et exercer des activités sans souci de leur utilité, cela paraît incontestable. Cette production initialement ludique, repérable dans l’histoire de tous les peuples, est ce que l’on qualifie d’activité artistique... Que les femmes et les hommes aiment à se coiffer, se maquiller, se peindre, se tatouer, se vêtir, se parer montre suffisamment leur attrait spontané pour la beauté, attrait qu’ils manifestent d’abord dans le rapport esthétique qu’ils entretiennent à leur propre corps. Il ne semblerait donc pas absurde de dire que l’intérêt humain pour le beau trouve sa source dans le phénomène du plaisir. Mais le sentiment du beau est-il tout entier, et strictement, identifiable comme l’expérience d’un attrait, et le beau est-il exactement définissable comme quelque chose d’aimable ? Autrement dit, le beau est-il ce qui plaît ?

Dire que le beau est “ce qui plaît”, c’est, pour le définir, l’assimiler à tout autre objet susceptible d’occasionner en nous un plaisir comme par exemple la consommation d’une tasse de café. Or le bon sens suffit à trouver inadéquat le parallèle entre le plaisir esthétique et un plaisir gastronomique. En effet n’est-il pas abusif de qualifier de “beau” le sentiment éprouvé à la dégustation d’une tasse de café ? La difficulté que nous devons exploiter tient dans l’ambiguïté du sentiment du beau : si l’expérience du beau correspond à un plaisir indéniable, ce sentiment est-il réductible à la catégorie générale du “plaisir” qui désigne toutes les sensations empiriquement éprouvées ? Comment, autrement, comprendre que l’on qualifie de belle la représentation picturale d’une scène de violence comme par exemple Les fusillés de Goya ? Et pourquoi est-il possible d’éprouver un plaisir à la contemplation d’une telle oeuvre ?

Nous constaterons que, si tout ce qui plaît ne procède pas toujours du beau, le beau est toujours plaisant. Mais ne serons-nous pas en droit de douter reconnaître dans le plaisir du beau les mêmes caractéristiques qu’en tout plaisir matériel ? Nous devrons alors examiner la possibilité que ce qui plaît dans le beau soit l’intuition d’une vérité, portée par les formes de l’art.

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